La chûte et l’héritage (Partie 3)

 Dans les deux premiers articles, on a raconté la naissance explosive de Checoin et la transformation d’une foule en machine de guerre organisée. Aujourd’hui, on aborde la face sombre. La chute. Mais aussi ce qui reste quand la fête est finie.

L’euphorie qui s’essouffle

Août 2021. Le Checoin tourne à plein régime depuis quelques semaines. Les dividendes tombent toutes les heures. La CHE Army multiplie les raids. Mais quelque chose commence à craquer. Les premiers arrivés regardent leurs gains et se posent la question fatidique. Vendre ou tenir ? Certains ont fait x50, x100. La tentation est trop forte. Ils commencent à sortir.

Chaque vente massive fait chuter le prix. De 55 millions de market cap au pic, on redescend sous les 10 millions en quelques semaines, puis sous le million avant la fin de l’année. La communauté tente de rassurer. “C’est normal, ça va remonter, achetez le dip camarades !” Mais la psychologie du marché est impitoyable. Quand ça commence à descendre, la peur s’installe. Les nouveaux venus paniquent. Ils vendent à perte. Le FUD se répand comme une trainée de poudre. Certains désespèrent, d’autres imaginent des complots. Les accusations volent, même si tout est vérifiable on-chain et forcent à accepter la dure réalité du web 3.

Les tentatives de relance

Les leaders ne baissent pas les bras. Tugan revient avec des lives pour remotiver les troupes. De nouvelles communautés d’influenceurs sont approchées. Le réseau web 2 aide, on invite les copains dans les lives. On fait venir les communautés des dropshippers. La communauté lance des opérations marketing improvisées. On crée des partenariats avec d’autres projets. Comme cette collaboration avec un autre token de la BSC qui devait créer des synergies entre les deux communautés. Résultat : un pump de 48 heures avant le retour à la case départ. Chaque annonce provoque un petit pump. L’espoir renaît. Les camarades rachètent. Puis invariablement, les mêmes schémas se répètent. Dès que ça remonte un peu, ceux qui étaient sous l’eau en profitent pour sortir. Le prix rechute. Plus bas qu’avant.

Le marketing wallet continue d’alimenter les campagnes mais finit par s’écrouler aussi. Trop de gens payés, souvent trop chers pour du travail avec trop peu d’impact. Les dividendes continuent de tomber pour ceux qui tiennent. Mais l’énergie collective s’érode. Les barracks se vident peu à peu. Les raids deviennent moins fréquents. Les lives s’espacent. La CHE Army existe toujours mais elle ressemble plus à une garde d’honneur qu’à une force de frappe.

Le noyau dur qui reste

Pourtant, tous ne partent pas. Un noyau dur s’accroche. Pas forcément par conviction financière. Plutôt par attachement à ce qu’ils ont vécu. Ces quelques semaines intenses ont créé des liens. Des amitiés sont nées dans les barracks. Des compétences se sont révélées. Pour beaucoup, Checoin reste leur première vraie expérience crypto. Celle qui leur a tout appris.

Dans le Telegram qui se vide doucement, les discussions changent de nature. On parle moins du prix et plus de technologie. On échange des tips sur d’autres projets. On s’entraide pour comprendre les nouvelles tendances DeFi. Le dividend tracker tourne toujours. Quelques irréductibles continuent de poster leurs captures d’écran de dividendes, même si ce ne sont plus que quelques centimes.

Ce que Checoin a semé

Fin 2021, le prix est au plus bas. La market cap a fondu. Les groupes internationaux sont devenus silencieux. Mais quelque chose d’invisible s’est produit. Des milliers de personnes sont entrées dans le Web3 grâce à Checoin. Elles ont appris à installer Metamask. À faire un swap sur PancakeSwap. À lire BscScan. À comprendre les tokenomics. À se méfier des arnaques. Quelques clones ont fleuri sur la BSC, reprenant le modèle des 15% de taxe et des dividendes horaires. Aucun n’a tenu plus de quelques semaines.

Sur Twitter, on croise régulièrement des témoignages. “Mon premier token c’était Checoin.” “J’ai découvert la DeFi avec le CHE.” “Sans Checoin je ne serais jamais entré dans la crypto.”

(https://x.com/Nelithegreat1/status/1705320103489786011)

Ben Marie résume bien le sentiment général en décembre 2023 : “Le Checoin, c’est avec lui que j’ai découvert la crypto et l’univers passionnant de la DeFi ainsi que le Far West qui va avec.”

(https://x.com/BenMarieJL/status/1733158507837378942)

Les leçons apprises

La chute de Checoin enseigne des leçons brutales mais nécessaires. D’abord, qu’un projet ne vit pas que de hype. Il faut de l’utilité réelle au-delà des dividendes. Ensuite, que la psychologie des foules est imprévisible. L’euphorie collective peut se transformer en panique collective en quelques heures. Enfin, que les tokenomics à 15% de taxe créent une barrière à l’entrée qui finit par étouffer le projet.

Les fondateurs tirent aussi leurs conclusions. Le modèle du mème coin pur a ses limites. Pour durer, il faut évoluer. Proposer plus qu’une simple redistribution. Créer de la valeur autrement. Ces réflexions vont nourrir la suite. Mais pour l’instant, Checoin entre en hibernation.

(https://x.com/SylvainCrypt0/status/1619743998708690947)

La promesse de Tugan

Avant de passer à autre chose, Tugan laisse une phrase qui va résonner longtemps. “Un jour, quand tout le monde l’aura oublié, Checoin reviendra.” Ce n’est pas une promesse en l’air. C’est une conviction. Le projet n’est pas mort. Il est en sommeil. La communauté est dispersée mais n’a pas disparue. Les compétences acquises sont toujours là. Le narratif reste puissant. Il manque juste le bon moment pour rallumer la flamme.

Cette promesse, certains vont s’y accrocher pendant des années. Ils gardent leurs tokens au cas où. Ils restent dans le Telegram fantôme. Ils surveillent de loin. Ils attendent. Certains petits malin mettent même en place leur DCA mensuel. Car au fond, ils savent que l’histoire n’est pas finie. Checoin leur a appris trop de choses pour disparaître complètement.

L’héritage invisible

L’impact réel de Checoin ne se mesure pas en dollars. Il se mesure en compétences transmises. En portes ouvertes. En trajectoires modifiées. Combien sont devenus traders après avoir découvert les charts avec Checoin ? Combien sont devenus développeurs après avoir compris les smart contracts ? Combien sont devenus influenceurs crypto après avoir participé à la CHE Army ?

(https://x.com/BastienWeb3/status/1627580749783113728)

Le Pumpaganda Kit continue de circuler. Adapté, modifié, réutilisé pour d’autres projets. Les techniques de raid développées pour Checoin deviennent des standards. Les réflexes de sécurité enseignés sauvent des milliers de wallets. Checoin n’est plus là mais son ADN s’est diffusé dans tout l’écosystème crypto francophone.

(https://x.com/bluegeneva_off/status/1667135255650746369)

C’est ça, le vrai héritage. Une génération entière initiée au Web3. Formée sur le tas. Aguerrie par l’expérience. Prête pour la suite. Car dans la crypto, rien ne disparaît vraiment. Tout se transforme. Et Checoin, malgré sa chute, a planté des graines qui vont mettre du temps à germer. Jusqu’à ce jour de mars 2024 où La promesse se réalise.

(https://x.com/Nykkkos/status/1679539420519620623)

Disclaimer : cette série d’articles est ma vision du projet, celle d’un membre de la communauté qui a découvert le web3 grâce au CheCoin et qui raconte son histoire. Je ne parle pas au nom du projet, des fondateurs et des autres membres de la communauté. Il y a probablement des erreurs et des omissions dans mon propos. Évidemment, rien de ce qui est écrit ne constitue un conseil en investissement.

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