Checoin (été 2021) : la naissance d’un mythe. La première « crypto communiste » aux dividendes BNB (Partie 1)
Si cette nostalgie tient si fort, c’est qu’il s’est passé quelque chose d’unique. Tout commence à l’été 2021.
Un soir de juillet, tout bascule
Fin juillet 2021. Le monde sort mal du Covid après des confinements à répétition : lourdeur dans l’air, fatigue dans les têtes. Côté crypto, le bull run a ralenti. Bitcoin a dévissé depuis les 60 000 $, traîne entre 30 et 40 000 $, et l’euphorie s’est dissipée. Les timelines s’endorment. Les communautés s’ennuient. On cherche un prétexte pour rallumer la mèche.
Il arrive sous la forme d’une phrase, lâchée presque en blaguant par Tugan Bara :
« Et si on lançait un coin ? »
Tugan n’a rien d’un gourou du web 3. Lui et sa communauté sont connus pour le marketing underground. Un gang pur web 2 de drogués aux tunnels de ventes et au copywriting brutal. Comme tous néo-capitalistes, ils cherchent à réinvestir l’argent durement gagné. Les cryptos deviennent une opportunité privilégiée.
On le sait Tugan lui-même accumule BTC et autres large caps depuis plusieurs années. Mais personne n’a encore osé se lancer côté builder.
La blague de Tugan va tout changer. Pas un whitepaper de 30 pages, pas un plan quinquennal. Une provocation, un clin d’œil, un défi. Lancé avec deux potes à l’arrache.
Il sent le potentiel, mais il craint aussi le risque d’emballement. On le sent déjà. Le web3 est violent, brutal. Sur un coup de FOMO, des degens peuvent mettre les économies d’une vie sur un shitcoin.
Tugan prévient. C’est pédagogique. On ne sait pas où ça va. On teste, au pire on relancera. Au moins on se sera marrés. Soyez responsables. Mettez pas plus de 20 balles.
Sa commu mord. D’autres communautés proches embrayent, notamment les DBLs portés par JM Corda. Le bruit se relaie dans les commus marketing web 2.
Trois jours plus tard, le 27 juillet 2021, 18:00 GMT. Checoin existe. Un développeur recruté au hasard dans la communauté appuie sur “Go” le web s’emballe. Il n’y aura pas besoin de relance. Checoin rentre à jamais dans la légende.
Signe ultime de plaisanterie, le coin est lancé sur l’exchange poocoin et son magnifique logo emoji shit.
Une blague devenue sérieuse
Dans cette saison où la mode est aux mêmes coins et à la découverte de la DeFi, Le positionnement frappe d’emblée : « la première crypto communiste ». L’image guérillero-romantique du Ché en plus.
L’ironie est assumée, le mécanisme est réel. 15 % de taxe sur chaque transaction, découpés simplement : 7 % redistribués en BNB aux holders (automatiquement, chaque heure), 5 % pour le marketing, 3 % pour la liquidité. Sur le site, un dividend tracker permet à chacun de voir ses revenus tomber à intervalles réguliers. Ce n’est pas la fortune, c’est la preuve que le contrat tourne. Et cette preuve suffit à créer le réflexe : on regarde, on sourit, on y croit.
Deux précisions qui comptent pour comprendre l’adhésion initiale. D’abord, un engagement total des founders. Checoin est lancé en fair launch, sans prévente, avec 5 % de tokens fondateurs lockés 6 mois. Pas d’avantages pour les founders qui devront acheter en même temps que les autres. Tout le monde sera logé à la même enseigne.
Ensuite, les dividendes horaires sont versés à partir de 200 000 CHE détenus. Si le montant dû est trop faible pour passer les frais, le contrat cumule jusqu’à franchir le seuil : tout est vérifiable sur BSC scan que beaucoup découvrent et scrutent pendant des heures. Ce mélange d’ironie, de loyauté et de traçabilité met tout le monde d’accord : on peut rire, mais on peut vérifier.
Un dernier détail séduit les holders : l’offre de Checoin est capée à 100 milliards de tokens : pas d’inflation sans fin façon DOGE. Le message implicite est clair : il vaut mieux hold que trader. Pour une foule qui découvre la Binance Smart Chain, c’est rassurant.
L’explosion des chiffres
Après une première nuit chaotique qui laisse craindre un pump and dump express. La flamme prend immédiatement.
Beaucoup n’ont pu rentrer dans la première heure. Réseau saturé, slippage (écart entre le prix affiché et le prix réel payé) non maîtrisé. Beaucoup utilisent un metamask pour la première fois. 90% n’ont jamais acheté en dehors d’un Dex. Il faudra bien une nuit pour que tout le monde soit en ordre de bataille.
JM Corda suit l’aventure en live pendant la nuit avec les noctambules. Lui-même découvre ce monde décentralisé. Au petit matin, les initiés de la première heure vendent déjà leur bag. Alors que le coin dump, Corda buy le dip en live et devient le premier Checoin billionaire en tokens de l’histoire.
La bande son du live sera immortalisée par le DJ Turtle beats :
La commu suit, la market cap s’envole. Les dividendes qui tombent toutes les heures sont réinvestis immédiatement en Checoin.
En 72 heures, Checoin pointe à 11,5 M$ de market cap. Au plus haut, on flirte avec 55 M$. CoinGecko puis CoinMarketcap listent le token en un temps record. Tout le monde rafraîchit Poocoin comme un tableau de bord de cockpit.
Sur Twitter, le 30 juillet 2021, on lit à la fois le scepticisme (« un shitcoin de plus ? ») et l’ébahissement (« déjà 20 M$ »).
(https://x.com/crypto_futur/status/1421055669927612418)
(https://x.com/rudynakamoto/status/1422090048472862722)
Deux jours plus tard, le 1ᵉʳ août, la baseline officielle se répand par les influenceurs et les groupes Telegram : « Hourly BNB rewards… help normal people attain financial freedom. Buy Checoin. »
(https://x.com/Cryptoboss2000/status/1420001616284065793)
Une idée née d’un chat Telegram bascule à ciel ouvert. Le grand public crypto regarde. Et nous, dedans, on se dit que plus rien ne sera comme avant.
L’euphorie communautaire
Ce qu’on retient encore aujourd’hui, ce ne sont pas seulement les chiffres. C’est l’ambiance. Les groupes Telegram gonflent à vue d’œil. Les mêmes fusent comme des feux d’artifice, un hymne Checoin mixé par Turtle Beats naît et devient le tube de l’été web 3.
Il sera repris sur de nombreux montages ou s’entremêlent narratif communistes, graphs degens et légèreté estivale :
En plein Covid, quoi rêver de mieux.
Les lives YouTube s’enchaînent presque chaque soir. Tugan, les yeux rougis par le manque de sommeil et JM Corda en costume de dictateur chauffent la salle, alternent humour, consignes, envolées. Ce n’est plus une « audience ». C’est une foule.
À l’intérieur, tout se structure à une vitesse folle. Les whales se rassemblent dans un groupe Telegram dédié pour stabiliser le cours. Les mini-whales organisent le shilling à travers le web. Toute l’énergie de ces commus web 2 droguées au copywriting et à la viralité est en marche pour disrupter le web 3.
Une dimension internationale
Checoin n’est pas resté un délire hexagonal. Dès les premiers jours, des canaux se montent en anglais, espagnol, turc, chinois, italien, en plus du français. Chaque langue trouve ses relais, ses leaders, ses blagues internes. Les mêmes captures d’écran de dividendes, les mêmes refrains, mais traduits partout. On voit littéralement la carte du monde s’allumer. Pas d’agence ni de plan média : juste une narration impossible à ignorer, et une mécanique que chacun peut expliquer à son voisin.
Une école improvisée du Web3
Le vrai génie de Checoin tient peut-être là. Au-delà de l’euphorie, c’est une porte d’entrée pédagogique vers le Web3. Pour des milliers de personnes, c’est la première fois qu’on installe Metamask, qu’on fait un swap sur PancakeSwap, qu’on lit une transaction on-chain. On n’apprend pas « plus tard ». On apprend en marchant, ensemble, en s’aidant, en se corrigeant.
Tout est documenté : une FAQ “for dummies” qui explique pas à pas. Un Pumpaganda Kit truffé de scripts, de check-lists et de routines quotidiennes pour tous ceux qui veulent contribuer au marketing. Un Guide Influenceurs qui cadre le discours, l’esthétique, les preuves.
La communauté s’entraide pour survivre dans le far west web 3. Car cette réussite soudaine attire aussi les prédateurs qui sous couvert d’assistance aux débutants vident les Metamasks. Les conseils de prudence tournent en boucle. Ne partage jamais ta seed, vérifie toujours l’adresse du contrat, méfie-toi des faux liens. Checoin aura, à lui seul, évité des drames à des milliers de débutants rien qu’avec ces réflexes.
Le rituel finit de souder tout le monde. Tu achètes tes premiers CHE. Tu entres ton adresse sur le dividend tracker. Tu guettes l’heure pile. Et ça tombe. Parfois quelques centimes. Parfois plus. Ce n’est pas le montant qui compte, c’est la matérialité : la promesse devient un chiffre, le chiffre devient un screenshot, le screenshot devient une histoire que tu racontes.
Beaucoup le disent encore : Checoin nous a rendus “dignes”, au sens double : dignes parce qu’on se sent détenteur de cryptos pour la première fois. Dignes parce qu’on prend part à une révolution collective, même minuscule, même éphémère.
L’amplification : marketing, mais pas seulement
Soyons honnêtes : l’explosion initiale ne doit pas tout au hasard. La machine marketing 2021 tourne à plein régime. Avec les transactions qui augmentent, l’argent afflue aussi dans le marketing wallet, permettant de booster l’engouement. Les meilleurs shillers touchent 250 $ en BNB par jour via le programme de récompense. Des airdrops de 100 000 $ en BNB sont annoncés pour récompenser les holders éligibles. C’est un carburant puissant. Mais l’essentiel se passe ailleurs : dans la pédagogie. Quand quelqu’un t’explique comment acheter, où vérifier, pourquoi ça marche, tu reviens. Et quand tu reviens, tu deviens utile. Le marketing attire. L’apprentissage fidélise.
Pourquoi ça a pris (si vite, si fort)
Avec du recul, la recette paraît évidente. Le timing était parfait : un été d’ennui pendant le bull run, une communauté en manque d’adrénaline, un besoin d’exutoire après le stress du covid et ses confinements. Le branding était imparable : « crypto communiste » au cœur d’une audience d’entrepreneurs, c’était le pied de nez mémétique ultime, impossible à ignorer. Les incentives étaient simples et palpables : tu holdes, tu touches. Les rituels étaient puissants : lives, hymne, whales, mini-whales, captures d’écran. Et la pédagogie était partout : la Binance Smart Chain cessait d’être un sigle flou pour devenir un terrain de jeu, BscScan un tableau de bord, Poocoin un radar.
Le tout formait un mème avec une mécanique, une blague avec un contrat, une ironie avec un trésor. Et ça, en 2021, personne ne l’avait encore exécuté de cette manière-là, à cette échelle-là, avec autant de transparence au quotidien.
Pas « juste » un shitcoin
La question a tourné dès les premiers jours : « C’est un shitcoin, non ? » Ma réponse n’a pas changé. Checoin était une expérience. Une expérience communautaire et pédagogique. On a ri, on a shillé, on a spéculé, parfois perdu, souvent gagné une chose plus précieuse : la compétence. On est entrés dans la crypto par le désir et on en est sortis avec des réflexes d’adultes : vérifier un contrat, suivre ses Internal TXNs, comprendre une LP, se méfier des slippages, documenter ce qu’on fait.
Et après ?
Évidemment, la suite a été plus compliquée. Maintenir un prix quand, à chaque pump, certains dumpent, n’a rien d’évident. L’adrénaline ne dure pas éternellement, les nuits blanches pèsent, les conflits naissent et se résorbent. Mais la flamme ne s’est pas éteinte. Elle s’est transformée. Elle a mûri. Elle s’est rappelée sa promesse initiale : apprendre ensemble, investir ensemble, redistribuer au peuple.
(https://x.com/Pierre_crts/status/1679541853098500107)
Ce premier chapitre, c’est la naissance. Une phrase lancée un soir de juillet. Trois jours de sprint. Un mythe qui prend chair. Dans le suivant, on racontera comment la communauté s’est organisée en machine, la CHE Army, et comment, derrière le bruit, s’est construit un savoir-faire qui nous sert encore aujourd’hui.
Disclaimer : cette série d’articles est ma vision du projet, celle d’un membre de la communauté qui a découvert le web3 grâce au CheCoin et qui raconte son histoire. Je ne parle pas au nom du projet, des fondateurs et des autres membres de la communauté. Il y a probablement des erreurs et des omissions dans mon propos. Évidemment, rien de ce qui est écrit ne constitue un conseil en investissement.







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